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Seuls deux types d’actifs ouvrent droit à l’IP Box luxembourgeoise : votre marque n’en fait pas partie

Temps de lecture : 22 minutes

Publié le  par  Jean-Pierre Berckmans

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Seuls deux types d’actifs peuvent ouvrir droit à l’IP Box luxembourgeoise, sous condition de recherche et développement : l’invention protégée et le logiciel protégé par un droit d’auteur. Votre marque, votre nom de domaine et votre fichier de clients n’en font pas partie.

Article à jour au 15 octobre 2026.

Résumé : L’article 50ter de la loi concernant l’impôt sur le revenu énumère de façon limitative les actifs de propriété intellectuelle qui bénéficient de l’IP Box : les inventions protégées (brevet, modèle d’utilité, certificat complémentaire de protection, certificat d’obtention végétale, désignation de médicament orphelin) et le logiciel protégé par un droit d’auteur. Marques, noms de domaine et listes de clients sont exclus ; les jeux de données, en tant que tels, ne sont probablement pas éligibles non plus. L’actif doit en outre résulter d’une activité de recherche et développement menée par la société après le 31 décembre 2007.

Une agence qui a bâti sa notoriété sur une marque forte, un nom de domaine très visité et un fichier de dix mille clients possède un patrimoine immatériel important. Pour l’IP Box, il ne vaut rien. Une startup voisine, sans marque connue, mais qui a écrit son propre logiciel avec ses développeurs, peut au contraire entrer dans le régime. La différence tient à une liste que la loi a voulue fermée, et que beaucoup de fondateurs que nous rencontrons découvrent trop tard.

Chez HBC Group, nous accompagnons depuis plus de 20 ans des entrepreneurs dans la création et la structuration de leur société au Luxembourg, et plus de 700 sociétés ont été constituées sur ce parcours. Cet article est le deuxième de la série consacrée à l’IP Box : le premier article pose les bases du régime, celui-ci passe en revue ce qui est éligible et ce qui ne l’est pas.

La liste limitative de la loi

La loi vise un actif de propriété intellectuelle « autre qu’un actif de propriété intellectuelle à caractère commercial », constitué, développé ou amélioré après le 31 décembre 2007 dans le cadre d’activités de recherche et développement. La circulaire de l’administration précise que cette énumération est limitative. Elle comprend deux familles :

  • Les inventions protégées par un brevet, un modèle d’utilité, un certificat complémentaire de protection (pour un médicament ou un produit phytopharmaceutique), une prorogation de ce certificat pour un médicament à usage pédiatrique, un certificat d’obtention végétale ou une désignation de médicament orphelin.
  • Le logiciel protégé par un droit d’auteur, en vertu des dispositions nationales ou internationales en vigueur.

La protection peut résulter d’une législation luxembourgeoise ou étrangère : un brevet délivré dans un autre pays est donc concerné. Un représentant du ministère des Finances a par ailleurs expliqué en commission parlementaire, le 19 janvier 2018, que la troisième catégorie du rapport de l’OCDE supposait des instances de contrôle spécialisées qui n’existent pas au Luxembourg, et que les produits des fintechs, essentiellement des logiciels, devraient être éligibles s’ils sont protégés par le droit d’auteur. Ce n’est pas une règle, mais cette déclaration éclaire l’intention de la liste.

Liste limitative des actifs éligibles à l'IP Box

Le logiciel protégé par le droit d’auteur

Pour un créateur de logiciel, le régime a un avantage pratique : aucun dépôt n’est nécessaire. La circulaire précise qu’aucun système d’enregistrement n’est prévu pour le logiciel et que le droit d’auteur naît de la création elle-même. Le programme est protégé s’il est une création intellectuelle propre à son auteur, et l’originalité s’apprécie principalement sur le code source.

Dans la pratique, trois précisions comptent :

  • L’i-dépôt n’est pas un titre. Il permet de dater un document auprès de l’Office Benelux de la propriété intellectuelle, et de prouver l’existence d’un contenu à cette date, mais il ne crée aucun droit autonome et ne prouve pas que vous en êtes l’auteur.
  • Les salariés créent, en principe, pour leur employeur. Selon la circulaire, pour un logiciel créé par un salarié selon les instructions de son employeur, seul l’employeur est habilité à exercer les droits patrimoniaux, sauf dispositions contractuelles contraires. Cette règle ne couvre pas automatiquement un développeur indépendant ni un cofondateur non salarié : il est prudent de prévoir une cession écrite de leurs droits à la société.
  • Corriger des bugs ne crée rien. Corriger des erreurs ne suffit pas à créer un nouveau droit d’auteur et n’est généralement pas de la recherche et développement. Pour un logiciel existant que l’on modifie, la circulaire retient les fonctionnalités nouvelles et non évidentes issues d’un vrai travail de recherche, et indique que seul le revenu qui s’y rattache peut alors relever du régime.
Logiciel protégé par le droit d'auteur

Ce qui est exclu : marques, noms de domaine, données

La circulaire cite expressément les marques, les appellations commerciales, les noms de domaine et les listes de clients parmi les actifs exclus. Cela surprend, parce que l’ancien régime de l’article 50bis, abrogé au 1er juillet 2016 (période transitoire close le 30 juin 2021), couvrait les marques et les noms de domaine. Le nouveau régime, aligné sur les travaux de l’OCDE, écarte les actifs à caractère commercial, que la circulaire rattache à la commercialisation et à la promotion des produits plutôt qu’à une recherche technique.

Les jeux de données posent une question voisine. Une base de données peut être protégée par le droit d’auteur, mais l’article 50ter ne vise que le logiciel, et l’OCDE exclut les autres actifs protégés par le droit d’auteur parce qu’ils ne résultent pas du même type de R&D. Nous les considérons donc comme probablement non éligibles en tant que tels, ce que nous validons avec l’expert-comptable de HBC Compta. Le travail de collecte ou d’annotation fait par la société, ou par un prestataire non lié, pourrait en revanche entrer dans les dépenses de R&D du logiciel auquel il se rattache directement, ce qui reste une interprétation à valider.

Marques et noms de domaine exclus de l'IP Box

La condition de R&D et la date de 2007

Un actif de la liste ne suffit pas : il doit résulter d’une activité de recherche et développement exercée par le contribuable lui-même après le 31 décembre 2007, sans que toutes les dépenses aient nécessairement été encourues par lui, la proportion jouant sur la part de revenu exonérable. La circulaire reprend la définition légale de la R&D, qui vise à résoudre une incertitude scientifique ou technologique, et demande à la société de justifier ses travaux en énonçant notamment les questions ou problèmes analysés et les résultats obtenus. La commercialisation et les seules démarches de protection ne comptent pas.

Deux conséquences pratiques sur la date :

  • Un logiciel est réputé constitué à la date où la R&D est achevée et où il est prêt à être commercialisé.
  • Un actif plus ancien peut être admis s’il a été amélioré après 2007 et que la R&D postérieure a créé une valeur ajoutée, que la société doit démontrer ; pour un produit commercialisé avant 2008 dont on modifie des fonctionnalités, il est possible que seul le revenu rattaché aux nouvelles fonctionnalités relève du régime (circulaire, p. 18).

Votre produit d’IA, élément par élément

Pour une startup d’IA, la liste de la loi se traduit ainsi. Les lignes « non tranché » ne signifient ni « refusé » ni « accepté », puisque nous n’avons trouvé aucun texte fiscal luxembourgeois qui les traite, et nous les soumettons à l’expert-comptable de HBC Compta avant toute recommandation dans un dossier.

Élément de votre produit Statut
Code de l’application, du back-end, des agents, de l’orchestration, des pipelines d’entraînement et d’inférence Éligible en principe, s’il est original et résulte d’une R&D
Poids d’un modèle entraîné Non tranché
Code généré par une IA, code open source intégré Non tranché
Jeux de données Probablement non
Idées et méthodes de fonctionnement en tant que telles Non
Modèle ou API d’un tiers que vous utilisez Non, ce n’est pas votre actif
Marque, nom de domaine, liste de clients Non, exclus par la loi

Le détail du ratio nexus et de la sous-traitance figure dans notre premier article, avec un exemple chiffré, et un article complet de la série traitera de l’IA en détail.

Quatre cas concrets

  • Un éditeur qui écrit son propre logiciel. Ses développeurs, salariés ou indépendants non liés, produisent un code original. Le logiciel est un actif de la liste, sous réserve de la R&D et du suivi des dépenses.
  • Une agence avec une marque forte. Sa marque, son nom de domaine et son fichier de clients valent cher, mais aucun n’ouvre droit à l’IP Box. Seul un logiciel qu’elle aurait développé par ailleurs pourrait le faire.
  • Une société qui achète un brevet et l’exploite sans R&D propre. Le ratio nexus est de 0, et la circulaire (exemple 8) calcule un rapport de 0 sur 10 000 pour un brevet acquis 10 000 euros et utilisé pour fabriquer un produit, sans que le revenu puisse bénéficier de l’exonération. Pour l’impôt sur la fortune, elle ajoute qu’un brevet acquis par le contribuable n’est pas exonéré au titre du paragraphe 60ter de la loi d’évaluation, faute de R&D propre.
  • Une application créée en 2005 et modifiée en 2022 pour y ajouter des fonctionnalités nouvelles. L’actif est antérieur à la date pivot, mais il peut être admis si la R&D postérieure à 2007 a créé une valeur ajoutée démontrée, et seul le revenu rattaché aux nouvelles fonctionnalités relèverait alors du régime. La documentation de cette valeur ajoutée est le cœur du dossier.

Pour mesurer ce que ces choix changent sur votre impôt, notre simulateur IP Box calcule le ratio nexus et l’exonération à partir de vos dépenses de R&D, aux taux 2026.

Ce qui reste encadré

L’IP Box ne demande aucune autorisation préalable : la société joint à sa déclaration le modèle 760, en principe un par actif, et tient à la disposition de l’administration les documents probants dès la première dépense de R&D, sous peine d’exclusion du régime. Le premier article détaille ces obligations.

Comment nous abordons un dossier

Nous commençons toujours par une analyse d’éligibilité : quels actifs de la liste, quelle R&D, quelles dates, quels revenus. Si le régime a du sens, nous construisons le montage avec HBC Compta, la fiduciaire de notre groupe, puis nous livrons, pour ceux qui partent de zéro, le système clé en main. Si vous développez un logiciel ou une technologie et que vous vous demandez si votre actif figure dans la liste, écrivez-nous via le formulaire de contact en précisant « IP Box ».

Foire aux questions

Une marque ou un nom de domaine peuvent-ils bénéficier de l’IP Box ?

Non. La loi vise un actif autre qu’un actif de propriété intellectuelle à caractère commercial, et la circulaire cite les marques, appellations commerciales, noms de domaine et listes de clients parmi les exclusions. L’ancien régime de l’article 50bis, abrogé en 2016, les couvrait. Voyez ce qui est exclu.

Faut-il déposer ou enregistrer un logiciel pour qu’il soit éligible ?

Non. Aucun système d’enregistrement n’est prévu, et le droit d’auteur naît de la création. L’i-dépôt peut servir de preuve de date, sans créer de droit. Voyez la section sur le logiciel.

Un brevet étranger est-il éligible ?

Oui, la circulaire admet les actifs protégés en vertu d’une législation applicable au Luxembourg ou à l’étranger, à condition que la société ait mené la R&D et rempli les autres conditions du régime. Voyez la liste limitative de la loi.

Mon logiciel date de 2005 : est-il exclu ?

Pas nécessairement. L’actif doit avoir été constitué, développé ou amélioré après le 31 décembre 2007 par une activité de R&D, et un actif plus ancien peut être admis si la R&D postérieure a créé une valeur ajoutée que vous démontrez, étant entendu que seul le revenu rattaché aux nouvelles fonctionnalités peut alors relever du régime. Voyez la condition de R&D et la date.

Les jeux de données sont-ils éligibles ?

Probablement pas en tant que tels, puisque, parmi les œuvres protégées par le droit d’auteur, la loi ne vise que le logiciel. Le travail de collecte ou d’annotation pourrait entrer dans les dépenses de R&D du logiciel, ce qui reste une interprétation à valider. Voyez ce qui est exclu et le tableau du produit d’IA.

Une société qui achète un brevet peut-elle bénéficier de l’IP Box ?

Pas sans R&D propre, car le prix d’achat est un coût d’acquisition qui pèse sur le ratio nexus, et un brevet acheté et exploité sans R&D propre donne un ratio de 0. Voyez le ratio nexus.

Faits arrêtés au 15 octobre 2026. Sources : loi concernant l’impôt sur le revenu, articles 50bis et 50ter (texte coordonné au 1er janvier 2026) ; loi du 17 avril 2018 (Mémorial A n° 254) et dossier parlementaire n° 7163 ; circulaire du directeur des contributions L.I.R. n° 50ter/1 du 28 juin 2019 ; modèle 760 ; OCDE, rapport final de l’action 5 du plan BEPS (2015). Cet article informe, il ne remplace pas l’analyse de votre situation.