Publié le par Jean-Pierre Berckmans
Résumé : Les transports gratuits au Luxembourg existent depuis le 1er mars 2020 : le pays, présenté par son gouvernement comme le premier au monde à offrir la gratuité totale des transports en commun, a supprimé le billet dans ses trains, ses trams et ses bus sur l’ensemble du territoire national. La première classe des trains reste payante, tout comme le tronçon d’un trajet frontalier effectué en France, en Belgique ou en Allemagne avant d’entrer au Luxembourg. Pour une entreprise qui recrute ou s’installe au Grand-Duché, cette gratuité devient un argument concret auprès des 233 260 travailleurs qui traversaient déjà la frontière pour venir travailler en 2025.
Dans un dossier d’installation, la question du coût de la mobilité des futurs salariés revient rarement en premier : elle arrive après le local, la banque et la fiscalité. Chez HBC Group, qui accompagne depuis plus de vingt ans des dirigeants dans la création de leur société et leur installation au Luxembourg, nous conseillons pourtant de la poser plus tôt, parce que la réponse luxembourgeoise change une ligne de budget que personne, en France ou en Belgique, n’imagine pouvoir réduire à zéro.
Le 1er mars 2020, le Grand-Duché a supprimé le prix du billet sur l’ensemble de son réseau de transport public : trains en seconde classe, trams et bus des réseaux RGTR, TICE et AVL confondus. Il ne s’agit ni d’un tarif préférentiel ni d’un abonnement subventionné : plus aucun titre de transport n’est nécessaire pour circuler sur le territoire national.
Deux exceptions méritent d’être connues avant de vanter la mesure sans nuance. La première concerne la première classe des trains CFL, restée payante : comptez 3 euros pour deux heures, 6 euros la journée, 60 euros le mois ou 500 euros l’année, avec un tarif réduit à 200 euros par an à partir de 60 ans. La seconde concerne le trajet effectué hors du territoire luxembourgeois : un salarié qui prend le train à Thionville, à Arlon ou à Trèves voyage gratuitement dès qu’il entre au Luxembourg, mais paie son trajet jusqu’à la frontière dans son pays de départ. Deux gares françaises, Audun-le-Tiche et Volmerange-les-Mines, ainsi qu’une gare belge, Athus, bénéficient d’une exception : le trajet en seconde classe vers ou depuis n’importe quelle gare luxembourgeoise y est gratuit, dans les deux sens.

Le Luxembourg n’est d’ailleurs plus tout à fait seul depuis octobre 2022 : Malte a rendu ses bus gratuits pour les titulaires d’une carte tallinja personnalisée, réservée aux résidents, et les visiteurs continuent d’y payer leur trajet. Au Luxembourg, la gratuité s’applique sans carte, sans inscription et sans distinction entre résident, frontalier ou visiteur de passage. C’est cette absence de friction administrative qui compte pour une entreprise, bien plus que le rang dans un palmarès.
Prenez la comparaison la plus directe, celle d’un dirigeant qui hésite entre s’implanter en France ou au Luxembourg. En France, les articles L3261-2 et R3261-1 du Code du travail obligent l’employeur à prendre en charge 50 % du prix de l’abonnement de transport en commun de ses salariés. En Belgique, la convention collective interprofessionnelle n° 19/9 du Conseil national du travail impose une participation de l’employeur au prix de l’abonnement de train et des autres transports publics, que des conventions sectorielles peuvent améliorer. Au Luxembourg, la loi n’a jamais prévu d’obligation comparable, et sur le trajet effectué à l’intérieur du pays, il n’existe de toute façon plus d’abonnement à financer.
L’économie profite d’abord au salarié, et c’est précisément ce qui en fait un argument de recrutement. Au lancement de la mesure, en 2020, les tarifs annoncés donnaient l’ordre de grandeur : l’abonnement Presto entre Thionville et Luxembourg devait passer de 88 à 45,50 euros par mois, l’abonnement bus RegioZone 1 de 750 à 360 euros par an, l’abonnement entre Trèves et Luxembourg de 85 à 49 euros par mois. Ces chiffres ne constituent pas un tarif garanti en 2026 (seule la RegioZone annuelle est restée à 360 euros), mais ils donnent la mesure du basculement pour un salarié transfrontalier : plusieurs centaines d’euros par an, rien qu’en observant le segment luxembourgeois du trajet.
Pour une entreprise qui s’installe au Luxembourg avec l’intention d’y recruter, cette gratuité change la géographie du recrutement possible. Le pays comptait 233 260 travailleurs frontaliers en 2025 selon l’IGSS, dont 126 600 résidant en France, 53 360 en Allemagne et 53 300 en Belgique. Un candidat installé à Thionville, à Arlon ou à Trèves ne paie plus que la partie de son trajet située dans son pays de résidence, et un candidat d’Athus ou d’Audun-le-Tiche plus rien du tout en seconde classe. Ce facteur pèse réellement dans l’arbitrage d’un candidat entre deux offres équivalentes, l’une côté français ou belge, l’autre au Luxembourg.
Nous le constatons dans nos dossiers d’accompagnement à la constitution de société : la question de la mobilité de l’équipe revient chez les dirigeants qui envisagent d’installer ou de transférer une activité et qui comptent recruter dans le bassin transfrontalier. Elle devient un argument à mettre en avant dans une offre d’emploi, au même titre que le salaire net ou la fiscalité, alors qu’on la voit rarement figurer dans les comparaisons d’offres d’emploi.
Un salarié qui vient au bureau deux ou trois jours par semaine paie, en France, le même abonnement mensuel qu’un salarié présent cinq jours. Sur le segment luxembourgeois de son trajet, la question ne se pose plus : la gratuité ne dépend ni de la fréquence de déplacement ni d’un abonnement à amortir. Pour un salarié qui habite au Luxembourg, c’est l’ensemble du trajet qui échappe à ce calcul ; pour un frontalier, seule la partie située dans son pays de résidence continue de peser.

Cinq ans après le lancement, le gouvernement luxembourgeois a publié, le 28 février 2025, un bilan chiffré de la mesure. La fréquentation du réseau ferroviaire est passée de 25 millions de voyageurs en 2019 à 31,3 millions en 2024, et celle du tramway a été multipliée par plus de cinq, de 6,2 millions à 31,7 millions sur la même période, pendant laquelle le réseau de tram s’est aussi étendu.
L’enquête nationale Luxmobil, dont les premiers résultats ont été publiés le 10 septembre 2026, complète ce tableau : hors déplacements à pied, la part des transports publics est passée de 18,6 % à 20 % entre 2017 et 2025, soit environ 72 000 trajets supplémentaires par jour, tandis que celle de la voiture individuelle reculait de 55,7 % à 52,5 %. L’enquête n’isole pas l’effet propre de la gratuité, mais elle confirme une adoption réelle et durable du réseau. Elle relève aussi que les frontaliers français sont nettement moins satisfaits de leur trajet domicile-travail (43 %) que les frontaliers belges (55 %) et allemands (56 %), un point qui compte pour une entreprise qui recrute côté français.
La gratuité des transports ne résout ni le logement, ni l’autorisation d’établissement, ni la question du gérant qui doit assurer une présence régulière au Luxembourg. Elle réduit une ligne de coût, elle n’élimine pas les autres. Un dirigeant qui construit un dossier d’installation ou d’immigration privée doit continuer à traiter logement, école, santé et démarches administratives comme des sujets à part entière.

Cette gratuité n’est qu’un des éléments qui font régulièrement classer le Luxembourg parmi les pays où l’on vit le mieux au monde. Nous détaillons les autres dans notre article sur la qualité de vie au Luxembourg.
Oui, la gratuité vaut pour tout le monde. Contrairement à Malte, où elle est réservée aux titulaires d’une carte de résident, le Luxembourg ne demande ni carte ni inscription : un visiteur voyage gratuitement dès qu’il monte dans un train de seconde classe, un tram ou un bus sur le territoire national.
Non, la gratuité ne commence qu’à son entrée sur le territoire luxembourgeois. Le tronçon effectué en France, en Belgique ou en Allemagne reste facturé par l’opérateur national, à l’exception des gares d’Audun-le-Tiche, de Volmerange-les-Mines et d’Athus, d’où le trajet en seconde classe vers n’importe quelle gare luxembourgeoise est gratuit, dans les deux sens.
Non, la législation luxembourgeoise ne prévoit aucune obligation de ce type, sauf disposition du contrat de travail ou d’une convention collective. Sur le segment domestique, la question ne se pose de toute façon plus puisqu’il n’existe plus d’abonnement à financer. Elle reste pertinente pour le tronçon frontalier, resté payant dans le pays de départ du salarié.
Chez HBC Group, nous intégrons cet argument dans les dossiers d’installation et d’aide à l’immigration privée que nous montons pour des dirigeants venus de France, de Belgique ou d’Allemagne. Le coût de la mobilité d’une équipe pèse rarement lourd dans la décision de s’implanter au Luxembourg, mais il pèse dans la décision d’un candidat d’accepter un poste plutôt qu’un autre. N’hésitez pas à prendre contact avec notre équipe pour évaluer avec vous ce que représente concrètement une installation ou un recrutement transfrontalier dans votre secteur.
Faits arrêtés au 25 septembre 2026. Sources : mobiliteit.lu (gratuité des transports depuis le 1er mars 2020, tarifs de la première classe, gares d’Athus, Audun-le-Tiche et Volmerange-les-Mines), gouvernement.lu (bilan des cinq ans de gratuité du 28 février 2025, résultats de l’enquête Luxmobil du 10 septembre 2026), publictransport.com.mt (gratuité maltaise), Paperjam (tarifs annoncés au lancement de la réforme en 2020), IGSS et AGURAM (233 260 travailleurs frontaliers en 2025), Code du travail français (articles L3261-2 et R3261-1), SPF Emploi belge (CCT n° 19/9), ITM Luxembourg (absence d’obligation légale). Cet article informe, il ne remplace pas l’examen de votre situation.